Ned Grujic : Un metteur en scène passionné !
Aujourd’hui, nous avons un invité spécial ! Pour notre premier volet de TalkShow, nous sommes très fiers de vous faire partager notre interview avec Ned Grujic. Fondateur de la compagnie Les Tréteaux de la Plein Lune, son travail s’étend du théâtre à la comédie musicale en passant par l’opéra et les spectacles jeune public. Hairspray, Le Chat Botté, Frankenstein Junior, Shrek et Roméo & Juliette sont au palmarès du metteur en scène, qui figure parmi les plus complets de sa génération. Rencontre avec un garçon humble et passionné !
1. Vous avez commencé comme comédien pour le théâtre et pour le cinéma. Qu’est-ce qui a déclenché votre intérêt pour la mise en scène ?
J’ai toujours eu de l’intérêt pour la mise en scène. Avant je voulais être « Grand Comédien », genre Laurence Olivier. C’était mon but. Et en même temps j’ai commencé à faire de la mise en scène dans les colonies de vacances. Il n’y avait pas d’activité théâtre. Alors je suis allé voir la directrice en lui demandant pourquoi il n’y en avait pas. Innocemment. Et elle m’a répondu « oui, si tu veux on peut faire ça. Tu peux t’en occuper. » Alors j’ai vu défiler tous mes copains, que je mettais en scène. Je jouais aussi avec eux. Après j’ai eu la chance d’être dans des écoles avec des activités théâtre très développées. Première année de fac, je mets en scène Les Sorcières de Salem d’Arthur Miller avec 18 personnes sur scène. J’ai même repris le rôle principal une semaine avant la première, parce que je m’entendais pas avec le garçon qui ne travaillait pas ! Après je suis passé des Inconnus à Jean-Luc Goddard.

2. Décrivez-nous une journée « type » quand vous êtes en création ?
Alors déjà, j’ai du mal à me lever, mais je me lève. Le radio-réveil commence et c’est parti pour une heure. Et au bout d’une heure, je me dis faut peut-être que je me lève (rires). Petit-déj et hop c’est parti. Quand je commence des répétitions j’aime bien travailler le matin et l’après-midi. Je sais que les comédiens sont souvent horrifiés, parce qu’ils aiment bien travailler l’après-midi et le soir. Surtout le soir. Quand on s’installe au théâtre, en général, j’aime bien travailler l’après-midi et le soir. Entre temps, à l’heure du repas, comme je gère beaucoup d’autres choses, je téléphone beaucoup. Par contre quand je suis en répétition je me consacre complètement à ce que je fais.
3. De quelle manière votre métier influence-t-il votre vie ? Voyez-vous les choses de manière différente ?
Mon métier fait complètement partie de ma vie. J’y pense en me couchant, en me levant. J’ai un métier où j’ai besoin de me nourrir artistiquement constamment. Si le soir, après les répétitions, je sors, c’est quand même pour aller au théâtre, au cinéma, à l’opéra, pour aller voir des expositions. Il est important de s’ouvrir sur ce qu’il se fait ailleurs, sur d’autres formes artistiques. De toute façon le métier interfère énormément sur la vie privée. Après si je vois des amis ou de la famille, j’aime bien de ne pas parler travail ou création. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt poser des questions sur ce que deviennent les copains, la famille … . C’est important d’avoir ces moments où tu t’arrêtes vraiment.

4. Y a-t-il un personnage dans les spectacles que vous avez mis en scène auquel vous vous identifiez ?
Un personnage … Non je ne pense pas. C’est le principe du metteur en scène de s’identifier à plein de personnages. Je m’identifierais plutôt à un spectacle ou alors un auteur. Par exemple Shakespeare, qui est mon auteur de prédilection. Tout y est abordé : la générosité, l’intime, des batailles, la comédie, la tragédie, du sang … Les premiers spectacles de ma compagnie ( Les Tréteaux de la Pleine Lune ) étaient La Mégère apprivoisée, La Nuit des Rois. Roméo & Juliette, que vous pouvez voir en ce moment au Théâtre 14, me tient particulièrement à cœur. Je l’ai transposé dans les Balkans. Une manière de marier mes racines avec auteur préféré. Sa majesté des Mouches, dont j’ai été le premier à décroché les droits en France, est un spectacle qui me tient aussi beaucoup à cœur. Oliver Twist, qui a tourné pendant 10 ans, a aussi été très important pour moi.
5. Nous pouvons voir actuellement Roméo & Juliette au Théâtre 14 dans une mise en scène et un univers original. C’est la deuxième fois que vous mettez en scène Roméo & Juliette. En quoi cette dernière création diffère-t-elle de la précédente ?
Je l’ai monté pour un atelier d’élève, en 2000. J’approchais déjà cette pièce par le prisme des Balkans. Je m’étais dit que je le montrai professionnellement avec ma compagnie quand j’aurais plus de recul. A l’époque on sortait de la guerre civile, des bombardements sur Belgrade. Et le parallèle avec l’actualité était trop évident. Maintenant, 10-12 ans après, avec le recul, je voulais une réflexion plus universelle.
6. Quelle est l’influence de votre origine serbe dans votre sensibilité artistique ?
Je dirais que c’est présenter les chose de manière absolue. C’est-à-dire autant dans le drame que dans le burlesque. J’ai toujours oeuvré pour quelque chose de très expressif, de très délirant, de très « trippal ». J’essaie de faire un théâtre très charnel, où il y a beaucoup d’âme. La musique, aussi, est pour moi un gros plan émotionnel. J’ai pris conscience de mes origines slaves à 26-27 ans. Je suis né en Serbie et suis arrivé en France à 2 ans. J’y suis retourné régulièrement pour les vacances et pour présenter ma femme. Je reniais un peu mes racines, jusqu’à 20 ans. Je suis allé voir l’Illusion Comique de Corneille (en Serbie). Une pièce où l’on pouvait hurler de rire et en trois secondes avoir les larmes aux yeux. Et là c’est le déclic, je m’y suis reconnu complètement. J’y ai vraiment découvert mes origines. Et quand je suis revenu, j’ai commencé à assumer qui j’étais et je me suis aperçu que la singularité que j’avais était une force. J’aime les choses hétéroclites. J’ai fait beaucoup de théâtre, d’opéra, de comédie musicale. Des styles bien différents. Ce qui n’est pas habituel ici, en France. Ca l’est par contre complètement dans les pays de l’Est et dans les pays anglo-saxons.

7. Juste avant Roméo & Juliette, vous avez mis en scène Shrek le musical. C’était un pari osé et ce dans un genre bien différent. Auriez-vous monté Shrek le musical il y a 5 ans ?
Peut-être que oui, parce que j’aime les projets un peu fou, un peu délirant. J’aurais été un peu plus « fou-fou » à l’époque. Ayant beaucoup travaillé sur des spectacles jeune-public, sur des comédies musicales, ce n’est pas antinomique d’avoir monté Shrek.
8. Vous nous dites que vous êtes « fou-fou », mais au fond, Ned Grujic, vous êtes un grand rêveur. Est-ce que votre monde est plus joli que le nôtre ?
Oui !! Il y a quand même de la poésie et de l’humain dans mon monde. Ce n’est pas les bisounours quand-même. Parfois on me dit que je suis très premier degré, mais je trouve que c’est important. On veut toujours faire du second degré, voir plus. Je trouve que c’est aussi une manière de ne pas affronter le premier degré et ses émotions.
9. Avec qui rêveriez-vous de travailler ?
Avec des gens qui ont envie de partager mon univers et qui m’en donneraient les moyens. Je suis plus dans l’affinité et les rencontres.
10. Si vous pouvez nous la raconter, quelle est votre dernière gaffe ?
Je ne suis pas très gaffeur. Je suis très prudent. Par contre il y a des choses que je ne vois pas. Un côté Mister Magoo. C’est ma femme qui fait des gaffes (rires).
11.La chose la plus folle que vous ayez faite par amour ?
C’est pas une question pour moi ( rires ).
12.Quels sont vos prochains projets ?
Pour la prochaine saison, je monte La Tempête de Shakespeare. Et pour 2013-2014, une pièce de Nouchitch, un auteur serbe : La Famille Endeuillée, qui s’est montée dans le monde entier, sauf en France. Une pièce délirante sur les héritages. Puis un autre projet avec Amanda Sthers et Sinclair, avec qui j’ai travaillé sur Lili Lampion.
13. Un point final ?
Et bien je ne mets pas de point final, je mets trois de suspension…

GRAPHIC QUIZZ
Ned, si vous êtes d’accord, nous allons faire un petit Quizz. Nous avons réalisé graphiquement quelques thèmes que vous aimez. Cela peut être une oeuvre, une personne,… . A vous de trouver !

- Roméo & Juliette. Joli !
- Ca c’est le film de Tim Burton …. Ed Wood !

- Tom & Jerry (rires), non je plaisante ! Je suis nul pour les devinettes. …-Il s’agit d’un film de super-héros-. Ah oui, Hellboy ! Très imagé.
- Shrek ! Ah, c’est mignon !

- Ah ça c’est un américain à Paris. -Non, c’est une œuvre musicale.- Ah oui …. La bohème.
- Private joke sur Frankenstein Junior

- C’est la 3D. Non, c’est une personne. Luc Plamandon (rires). -Regarde le petit détail en haut à gauche- Ah… Tim Burton.
propos recueillis par The Wild Mix, le 20 mars 2012.
Liens :
Roméo & Juliette au Théatre 14


Laisser un commentaire